Vie d’auteure : Berthe, née un 1er juillet

Je vous ai déjà parlé de mon grand-père, Louis, dans plusieurs articles mais jamais de ma grand-mère.

Je pense qu’il est temps de rectifier cela, justement aujourd’hui, cette semaine, puisqu’elle nous a enfin quittés. Je dis « enfin » parce qu’il était temps pour elle de rejoindre mon grand-père.

Berthe est née un 1er juillet. Mon grand-père lui, est né un 1er décembre. Chaque année depuis des années je leur souhaite un joyeux anniversaire. Depuis que mon grand-père est décédé, je continue de lui souhaiter dans ma tête. C’est fou ces habitudes. Je crois que ces dates seront toujours associées à eux. Ce 1er juillet, j’ai souhaité un bon anniversaire à ma Mamie dans ma tête tout en pensant qu’il serait certainement son dernier.

J’ai reçu le message m’annonçant son décès, un matin cette semaine. Les petits étaient en train de petit-déjeuner, ils faisaient du bruit, je préparais en urgence les affaires pour le centre de loisir, et je pensais à tout ce qui m’attendait dans ma journée. Mon téléphone a sonné, et là, j’ai lu le message. C’était assez violent, comme l’annonce de toutes les fins je suppose, même si on s’y attendait car avec les chaleurs de ce début d’été, elle n’allait pas bien du tout.

J’ai reçu un coup au cœur, Arthur me parlait, Baptiste rêvassait, et moi j’ai fait comme dans un jeu de ping-pong, j’ai renvoyé la balle. C’était comme si l’information avait rebondi sur ma carapace. Je ne pouvais pas encaisser à ce moment-là cette annonce, pas là, pas devant les petits. J’ai fui dans la salle de bains, j’ai versé trois larmes sous le choc, puis j’ai rassemblé mes esprits pour être forte devant les enfants et rester concentrée sur le déroulement de ma journée chargée.

Lorsque je suis revenue dans la cuisine, Arthur n’a pas été dupe. Il a vu que j’avais pleuré et m’a demandé pourquoi. Je lui ai annoncé très calmement que ma mamie était morte, et que c’était pour cela que j’étais triste. Il a semblé un peu perdu. Une mamie, quelle mamie ? Sa mamie? Non, ma mamie à moi.

Arthur ne peut pas s’en rappeler, la dernière fois qu’il l’a vue, il tenait dans mes bras. Il a analysé l’information, a jugé que cela ne le concernait pas et a enchaîné sur les copains et le centre de loisir. Voilà comment ça s’est passé.

J’ai un petit côté Scarlett O’Hara avec son « J’y penserai demain », et j’ai donc enchaîné ma journée, le pied sur l’accélérateur, pour faire tout ce que j’avais prévu de faire. Et puis, le soir, je me suis couchée assez tôt, ce qui est inhabituel chez moi et j’ai enfin eu le temps de me poser et d’accepter la nouvelle.

Ainsi donc Mamie est morte. Là, dans la nuit, avec les petits endormis à côté, j’ai réalisé que Mamie, la seule grand-mère que j’avais toujours connue, était morte. Même si on se prépare, même si elle avait 98 ans, ça reste toujours difficile. C’est comme un hameçon qui se plante dans notre raisonnement cartésien du « c’est normal à son âge », « c’est tellement mieux pour elle », pour nous entraîner le long de la rivière des souvenirs, des émotions, rivière dont parfois on aimerait stopper le flot.

Au début les souvenirs qui sont arrivés ont été ceux de mes dernières visites, difficiles. Parce que personne n’aime voir les gens si diminués, allant vers une inexorable fin qui n’arrive pas assez tôt pour les soulager. Ma mamie disait souvent qu’elle ne voulait pas dépérir, elle préférait mourir d’un coup sec, ou bien boire le bouillon de onze heure plutôt que de « finir comme ça ». Je crois, comme tous les autres qui finissent « comme ça », qu’elle n’a pas eu le choix, et quand elle était assez valide pour prendre son bouillon, elle n’y a pas pensé. Ces souvenirs-là sont particulièrement douloureux. Ils renvoient tristement à notre condition humaine que, personnellement, je passe mon temps à essayer d’oublier.

J’ai chassé ces images de ma tête. Je me suis dit, mais non, Mamie était bien plus que cela voyons… et j’ai passé en revue les souvenirs de ma mamie, ceux qui font du bien. Ceux que je veux garder au chaud, dans un jardin secret, un peu comme un refuge dans lequel je pourrai me recroqueviller quand la vie sera trop dure, trop réelle, trop merdique.

J’en avais plein en tête des souvenirs, la maison de Villeneuve-sur-Lot, la chasse aux œufs de Pâques dans le jardin (cf. la photo, la petite fille en rose c’est moi, ma mamie est derrière. Je me souviens très bien de ce jour. J’adorais mon petit panier en osier que j’avais ramené du coup à la maison), les dimanches en famille quand ça sentait si bon ses plats en sauce, sa grosse voix pour un si petit bout de femme qui appelait mon grand-père à travers la maison, ses joues moelleuses sur lesquelles ma bouche rebondissait quand on arrivait pour la journée et qu’on s’embrassait, l’odeur de son blush…

Et puis le souvenir le plus touchant, le plus net, le plus mémorable pour moi, celui qui traduit l’amour est apparu. Je sais que c’est celui-là. Je l’ai décrit dans une nouvelle que vous découvrirez un jour, je l’espère.

Ce souvenir vibrant, enferme dans une capsule de temps le jour où je leur ai présenté mon chéri, le vrai, l’important, celui de la vie. C’était un grand moment pour mes grands-parents, Lily a un chéri. Lily très sérieuse, qui n’a jamais parlé de ses amours, vient présenter un chéri. C’était un jour unique, et j’étais d’ailleurs très stressée par l’importance de ce moment.

Lorsque nous allions passer la journée chez mes grands-parents, ma grand-mère était toujours en tablier de cuisine, ou habits confortables. Je la voyais rarement se pomponner même si je savais qu’elle était coquette, qu’elle se maquillait et se faisait belle pour aller faire les courses ou chanter dans sa chorale.

Le jour où nous sommes arrivés pour les présentations, mes grands-parents s’étaient mis sur leur 31. Mon papy avait revêtu une chemise, cravate et gilet, et ma mamie était en jupe avec un beau chemiser blanc, un collier de perle autour de son cou, du rouge sur les lèvres, et une jolie mise en pli datant très certainement du matin.

Ils nous attendaient tous les deux avec impatience, plus apprêtés que jamais. Dans cette simple attention, j’ai ressenti beaucoup de tendresse, de considération et d’amour. Quand on dit qu’il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour, je dois avouer que pour le coup je suis assez d’accord. Je n’ai jamais ressenti aussi fortement leur amour que dans cette intention de se faire beaux pour nous recevoir chez eux. Nous avons passés un super moment à manger les pâtisseries que mon grand-père (très gourmand) avait achetées, tout le monde était détendu, c’était bizarre mais très juste. Ce fut un jour très important pour moi, pour nous, et dans ma relation avec mes grands-parents. Quelque chose avait changé, comme s’ils me considéraient désormais comme une adulte.

A chaque fois que je repense à quand ils sont apparus devant nous, si beaux, ma gorge se serre et j’ai envie de pleurer. C’était un moment touchant et je suppose que vu de l’extérieur il doit sembler insignifiant. C’est souvent le cas des petites choses de la vie qui en réalité prennent une immense place.

Pourtant c’est ce souvenir que je vais mettre en haut de la pile. C’est cette image d’eux que je garde en moi, c’est la plus belle de toute.

C’est étrange, je réalise à l’instant que mon roman 7 parle justement de ces petits souvenirs, ces choses de rien, qui se perdent dans le temps mais qui sont la trace d’un amour qui je crois (en tout cas je l’espère), nourrit la Terre et ceux qui restent. Il faut vraiment que je vous présente ce livre.

Voilà, j’avais envie de partager cela. Dans les moments intenses, j’ai besoin de poser les mots. C’est encore une manière de sortir ce qui déborde de mon cœur.

Je vous souhaite une belle journée, et n’oubliez pas de profiter des personnes que vous aimez.

With love

Lily ❤

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